Le principe : payer ce qui est dû, retenir ce qui est contesté
Le paiement est la contrepartie d'une prestation conforme. Vous devez donc régler ce qui a été correctement réalisé. Mais vous disposez de plusieurs mécanismes pour ne pas payer aveuglément : Exception d'inexécution (article 1219 du Code civil) : vous pouvez suspendre votre paiement tant que l'artisan n'exécute pas correctement sa propre obligation, à proportion de la gravité du manquement. Retenue proportionnelle : vous réglez la part des travaux conformes et retenez le montant correspondant aux postes défectueux ou non réalisés. L'erreur à éviter : refuser 100 % du paiement quand 80 % des travaux sont corrects. Un juge y verrait un abus et cela affaiblirait votre dossier.
La retenue de garantie : 5 % consignés
Pour les marchés de travaux, la loi du 16 juillet 1971 autorise une retenue de garantie de 5 % du montant, destinée à couvrir d'éventuels désordres constatés à la réception. En pratique : — Cette somme est consignée (idéalement auprès d'un tiers, comme la Caisse des dépôts) plutôt que conservée directement. — Elle est libérée au profit de l'artisan à l'expiration du délai de garantie de parfait achèvement (1 an), si aucun désordre n'a été signalé. — Si des réserves ont été émises, la retenue couvre leur reprise. C'est un outil légal puissant : il vous garde une marge financière sans bloquer abusivement tout le paiement.
Travaux mal faits : la marche à suivre
Avant de retenir quoi que ce soit, formalisez : 1. Notez précisément vos réserves sur le procès-verbal de réception, ou refusez la réception si les défauts sont majeurs. 2. Photographiez et datez chaque malfaçon. 3. Envoyez une mise en demeure de reprise par recommandé AR. 4. Indiquez par écrit que vous consignez ou retenez le montant correspondant aux défauts, en précisant la somme. Cette traçabilité est essentielle : elle distingue une retenue légitime, justifiée et chiffrée, d'un refus de payer global qui pourrait vous être reproché.
Quand le litige persiste : consignation et juge
Si l'artisan conteste vos réserves ou exige le paiement intégral : — Proposez de consigner la somme litigieuse (la bloquer sans la verser ni la garder), preuve de votre bonne foi. — Saisissez le médiateur de la consommation. — En dernier recours, le juge tranchera : il pourra ordonner une expertise pour chiffrer les malfaçons et fixer la part réellement due. Attention aux clauses du devis du type « aucune réserve possible après paiement » : elles sont réputées non écrites entre professionnel et particulier. Les garanties légales (parfait achèvement, biennale, décennale) ne peuvent jamais être écartées par contrat.