Acompte ou arrhes : une différence qui change tout
Le vocabulaire du devis n'est pas anodin. L'article 1590 du Code civil distingue deux notions aux conséquences opposées : Acompte : c'est un premier paiement sur un engagement ferme. Les deux parties sont définitivement liées. Si vous vous rétractez, l'artisan peut exiger l'exécution ou des dommages et intérêts ; s'il se rétracte, vous pouvez exiger l'exécution. Arrhes : c'est une faculté de dédit. Vous pouvez renoncer en perdant la somme versée ; l'artisan peut renoncer en vous remboursant le double. Par défaut, en l'absence de précision, les sommes versées à la commande sont considérées comme des arrhes. Vérifiez donc la mention exacte sur le devis : elle détermine votre marge de manœuvre.
| Si vous renoncez | Acompte | Arrhes |
|---|---|---|
| Vous (le client) | L'artisan peut exiger l'exécution ou réparation | Vous perdez la somme versée |
| L'artisan | Vous pouvez exiger l'exécution ou réparation | Il vous rembourse le double |
Quel montant est raisonnable ?
Aucun texte ne fixe de minimum ni de maximum légal pour un chantier de rénovation classique. En pratique, le marché s'organise autour de repères : — 30 % à la signature est l'usage le plus courant pour couvrir l'approvisionnement. — Des paiements échelonnés selon l'avancement (par exemple 30 % / 40 % / 30 %) pour les chantiers longs. — Le solde uniquement à la réception, une fois les travaux constatés conformes. Méfiez-vous d'un acompte supérieur à 40-50 % réclamé avant tout commencement : il déséquilibre le rapport de force et augmente votre exposition en cas de défaillance. Pour les contrats spécifiques (construction de maison individuelle), des plafonds légaux d'échelonnement existent, mais ils ne s'appliquent pas à une rénovation ordinaire.
Sécuriser le versement avant de payer
Quelques réflexes simples réduisent fortement le risque : — Exigez un devis détaillé et signé avant tout versement : sans devis, pas de preuve de l'engagement. — Payez par un moyen traçable (virement, chèque), jamais en espèces sans reçu. — Faites mentionner sur le devis la nature exacte (acompte ou arrhes), le montant, et la date de début des travaux. — Vérifiez le SIRET et l'assurance décennale de l'artisan avant de verser. — Conservez tout : devis, preuve de paiement, échanges. Plus le versement initial est encadré par écrit, plus vous serez en position de force si les choses tournent mal.
L'artisan a encaissé l'acompte et a disparu : que faire ?
C'est le scénario redouté. Agissez dans l'ordre : 1. Envoyez une mise en demeure par lettre recommandée AR de commencer ou rembourser sous un délai bref. 2. Sans réponse, déposez plainte : encaisser un acompte sans intention d'exécuter peut relever de l'escroquerie ou de l'abus de confiance, des infractions pénales. 3. Contactez la protection juridique de votre assurance habitation, qui peut financer la procédure. 4. Signalez l'entreprise sur SignalConso (signal.conso.gouv.fr), la plateforme de la DGCCRF. Si l'entreprise est en liquidation judiciaire, déclarez votre créance auprès du liquidateur dans les 2 mois suivant la publication au BODACC — à défaut, votre créance est éteinte. Le détail de cette procédure est traité dans notre guide sur les travaux non terminés.